Art vu en Sicile – Janvier 2020

L’art sicilien, carrefour des civilisations

La Sicile, la plus grande île de la Méditerranée, s’est forgée un cadre où, sous un même soleil, se retrouvent de fabuleux temples grecs, des châteaux et des cathédrales érigés dans un style empruntant au roman, aux Byzantins et aux Arabes, des jardins orientaux, des palais et des églises au baroque tardif hispanisant. Les artistes siciliens ont su enrichir leurs propres traditions et savoir-faire des courants artistiques venus d’ailleurs, créant ainsi un art sicilien à part entière.

La Sicile Baroque

Syracuse et son une île magique : Orthygia

L’histoire et les styles s’y bousculent. Les églises baroques ont un air espagnol, le Duomo semble grec et les palais font des clins d’œil gothico-catalans. L’ile d’Orthygia est un dédale de ruelles et petites places anciennes bordées de palais aux façades majestueuses, exemple de l’élégance de l’architecture baroque d’une importance considérable dans l’est de la Sicile. Sur la Place du Dôme se dresse la Cathédrale.

Focus sur le Duomo

La cathédrale de Syracuse, de son nom complet Natività di Maria Santissima, est édifiée sur plusieurs lieux sacrés. En effet, à l’époque antique, un autel s’élevait déjà à cet emplacement. Puis il devint un temple dédié à Athena, après la victoire de Syracuse sur les Carthaginois en 480 av. J.-C. Afin de remercier la déesse, on édifia l’un des plus beaux temples, aux portes couvertes d’or, tout comme la statue d’Athéna.

Au début du christianisme, on utilisa la structure du temple pour bâtir une église sur les fondations du temple. Puis, l’invasion arabe (878) transforma cette église en mosquée. Grâce au normand Roger Ier de Sicile, qui reprit la ville en 1085, on lui réattribua sa fonction religieuse chrétienne. 

L’église fut plusieurs fois remaniée, notamment en raison des séismes.

La Sicile Africaine 

Focus sur la vallée des Temples

Agrigente, située à proximité de la côte sud de la Sicile est le parc archéologique des temples grecs les mieux conservés au monde. Classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité, elle fut décrite par le poète grec Pindare comme la plus belle ville des mortels.

Fondée par des colons Grecs en 580 avant J.C, elle garda sa splendeur jusqu’en 406 avant J.C, lorsque les Carthaginois, guidés par Hannibal, assiégèrent et saccagèrent la ville qui abritait 20.000 habitants. A l’époque romaine, au IIIème siècle avant J.C, Agrigente connut une nouvelle prospérité jusqu’à son déclin, causé par l’arrivée des Byzantins et des Chrétiens, qui détruisirent ses temples païens. La zone fut abandonnée et transformée en parc archéologique.

Les Temples grecs d’Agrigente sont tous de style dorique.

Précédé d’un grand autel pour les sacrifices, le Temple de Junon domine le point culminant de la Vallée des Temples. Daté aux environs de 450 avant J. C, le temple conserve 30 colonnes parmi lesquelles 16 ont encore leurs chapiteaux. A l’époque romaine, il fut restauré après un incendie qui en détruisit une partie.

Le Temple de la Concorde est le temple grec de style dorique le mieux conservé au monde. Bâti entre 450 et 400 avant J.C, il mesure 42 mètres de long et 19,5 mètres de large. Il doit son nom à une inscription latine trouvée dans les alentours, dédiée sans doute aux Dioscures Castor et Pollux.

La Villa Aurea possède les vestiges d’une nécropole byzantine, avec des tombes inhumaines et les restes de la nécropole Giambertoni, tombeaux souterrains de la période helléniste.

Le Temple d’Hercule est le plus ancien de la Vallée. Sa reconstruction remonte aux environs de 510 avant J.C. Il ne subsiste que 8 colonnes relevées en 1924.

Le Temple de Zeus Olympien, grand édifice dorique de 112,5 mètres de longueur pour 56 mètres de largeur, n’a jamais été terminé. Malheureusement, le temple a servi de carrière au XVIIIème siècle pour construire les jetées du port de Porto Empédocle.

Derrière le Temple de Zeus se dresse le Temple de Castor et Pollux. L’ensemble a été recomposé au début du XIXème siècle. Ce temple de 34 colonnes fut endommagé par le sac des Carthaginois et par les tremblements de terre.

Le Temple de Vulcain a encore sa base et 2 colonnes. Des éléments décoratifs en terre cuite polychrome sont exposés au musée archéologique.

La Sicile du centre

Piazza Armerina, magnifique ville d’art au cœur de la Sicile, compte de nombreux monuments témoignant son passé glorieux. La Villa Romaine du Casale, datant de la fin du IVème siècle, fut la propriété d’une importante famille Romaine et est le fleuron de cette petite ville. 

Focus sur la Villa Romaine del Casale

La splendide villa impériale, dans la province d’Enna, centre romain de la Sicile, est une magnifique demeure rurale, dont le charme provient surtout de ses incroyables mosaïques, considérées parmi les plus belles et les mieux conservées dans leur genre. Les œuvres, minutieuses et émouvantes, résultant d’un travail extrêmement méticuleux, enrichissent les restes de la majestueuse résidence.

Remontant aux années 320-350 après J.-C., la villa aurait appartenu à un représentant de l’aristocratie sénatoriale romaine, très probablement un préfet de Rome (Præfectus Urbi). 

D’ importants travaux de fouille menés en 1950 ont mis à la lumière 3 500 m² de pavements revêtus de mosaïques figuratives et de style géométrique, des colonnes, des statues, des chapiteaux et des monnaies anciennes. Le mode de vie du propriétaire de la demeure est célébré et témoigné par une série de mosaïques du pavement et des parois. Il peut être aperçu, dans toute son élégance, dans les différentes pièces de la demeure, où sont évidentes les influences stylistiques de l’art africain, qui font penser à la présence d’une main-d’œuvre africaine parmi les ouvriers. 
Les mosaïques présentent différents styles et cycles narratifs : l’un dédié à la mythologie et aux poèmes homériques, l’autre avec des références à la nature et à la vie quotidienne de l’aristocratie romaine.

Les restes de la villa se répartissent en quatre zones : l’entrée monumentale avec une cour en forme de fer de cheval, le corps central de la villa, construit autour d’une cour avec jardin, une grande salle avec trois absides (trichora), précédée d’une colonnade ovoïdale, autour de laquelle se développent différentes pièces, et les thermes.

La Sicile Tyrrhénienne

Visiter Palerme

Il y a bien des clichés qui courent sur Palerme, sa pauvreté, sa Mafia, son insécurité… Elle est également particulièrement appréciée des amateurs d’histoire et d’art. De belles églises font écho aux immeubles délabrés, de sublimes palais où le temps semble s’être arrêté contrastent avec des immeubles modernes bien moches.