Art vu à Rome – Octobre 2019

Tous les chemins mènent à Rome…

Rome demeure véritablement un musée à ciel ouvert, une cité qui affiche une profonde homogénéité architecturale. Les temples et les amphithéâtres antiques – certains étonnamment intacts – font partie intégrante de l’urbanisme moderne. Les innombrables églises de Rome témoignent des premiers temps de la chrétienté. Les palais Renaissance affichent un baroque fastueux, comme les fontaines et certaines places, sans compter encore les ruelles au charme médiéval qui en font un lieu où tous les styles se côtoient.

Un dimanche à Rome – Zoom 

La Galleria Doria PAMPHILJ

Situé entre la via del Corso et la via della Gatta, le palais remonte au XVIème siècle. En 1647, la veuve de Paolo Borghèse épouse le prince Camillo Pamphilj, neveu du pape Innocent X, et lui apporte l’actuel palais, qui fait toujours partie du patrimoine Pamphilj au XXIème siècle.

L’aménagement actuel des tableaux est issu d’un plan d’accrochage du XVIIIème siècle, retrouvé dans les archives de la famille et remis en application dans les années 1990. 

Ainsi, plusieurs tableaux sont superposés sur 2, 3, 4 voire 5 niveaux, dans de longues galeries souvent plus étroites que les espaces muséographiques modernes. Il n’y a pas de cartels, sauf rare exception. Le cadre du tableau porte le nom de l’artiste, des dates et un numéro d’inventaire. Ce parti pris respecte l’esprit et la forme des anciennes collections privées, au prix d’un certain inconfort pour le visiteur moderne.

  • Le Salon POUSSIN

Ce nom vient du fait qu’ici sont exposés bon nombre de tableaux de l’artiste français Gaspard Dughet. Cet artiste, actif au milieu du XVIIème siècle, était le beau frère du célèbre Nicolas Poussin, chef de file de l’école de peinture française de Rome. C’est pourquoi il reçut à Rome ce surnom de « il pussino. » Le salon du Poussin vient donc du Pussino, et non du célèbre peintre Nicolas Poussin. Ce n’est pas dans cette salle que nous verrons les chefs-d’œuvre du musée. 

Toute la salle exprime bien le grand goût pour les tableaux de paysage dans la Rome du XVIIème siècle. A ce titre, Gaspard Dughet, spécialiste du genre, sera un des peintres préférés de la famille Pamhilj jusque vers 1650. Certains de ces paysages comportent une scène biblique ou religieuse. Une illustration en est donnée sur le mur du fond, celui qui est opposé à la porte d’entrée.

  • La Petite Salle des Velours

Passons maintenant la porte qui nous mènera dans la petite salle des velours. Dans cette salle, nous observerons surtout les deux bustes de marbre qui se trouvent contre le mur de droite. Tous deux sont dus au ciseau d’Alessandro Algardi, mieux connu sous le surnom de l’Algarde. Après Le Bernin, l’Algarde est le plus important sculpteur de la Rome du milieu du XVIIème siècle. 

Observons ces deux bustes. Celui de gauche représente le pape Innocent X. Le regard du pape tombe vers le bas, marqué par les soucis et les années, et reflète bien son caractère inflexible. Il y a ici un grand souci du détail dans les traits du visage. C’est une œuvre très naturaliste, et relativement sobre. En effet, il n’y a pas de recherche d’effets théâtraux, d’accentuation de détails curieux, comme Le Bernin, en vrai baroque, aimait à le faire pour donner du dynamise à ses œuvres. Ici, tout est relativement classique. L’Algarde venait de Bologne. Il avait reçu une éducation marquée par le goût classique de sa région. Du coup, son style s’oppose d’une certaine manière à celui du Bernin, plus novateur. Retenons bien l’image de ce buste car nous pourrons la comparer un peu plus tard avec un buste du même Innocent X, mais réalisé par le Bernin.

Passons au buste de droite. Il représente Benedetto Pamhilj, un frère du pape Innocent X. Ici aussi, beaucoup de classicisme. Le visage est même d’une telle pureté qu’il semble idéalisé. Il ne rend aucun petit défaut qui fait la personnalité et l’expression d’un visage. Cette idéalisation, qui rend l’œuvre un peu fade, est probablement due au fait que l’Algarde n’a jamais rencontré le modèle, déjà mort lorsque le buste a été réalisé. Il a plutôt travaillé à partir de portraits. Par contre, le sculpteur donne toute sa mesure dans le magnifique travail de la fraise, ce col de dentelle du personnage.

  •  La Grande Salle de Bal

Continuons notre parcours en empruntant la porte qui nous mènera dans la salle de bal. Des trois ouvertures qui nous font face, celle de droite donne sur une toute petite pièce : la loggia de l’orchestre. Elle contient quelques objets rappelant la vie de cour, un beau tapis persan du XVIème siècle, une harpe du XVIIIème siècle, et surtout une curieuse cage à oiseaux dorée. Cette cage, datée de 1767, porte les armoiries du pape Clément XIII. Elle est soutenue par deux têtes de chérubins. Ces deux éléments sont liés à la fonction liturgique de cet objet et servait lors des cérémonies de canonisation d’un saint ou d’une sainte. Deux colombes, symboles de la paix et de l’esprit y étaient enfermées, et lâchées au cours de la cérémonie. 

  • La Collection de Peinture

  • PARIS BORDONE : Mars, Vénus et Cupidon

PARIS BORDONE – Mars, Vénus et Cupidon – 1559

Tout de suite, nous remarquons que l’œuvre un caractère très tranché avec ce que nous avons vu avant. Si les œuvres précédentes étaient équilibre et douceur, celle-ci est couleur, mouvements et sensualité. Elle représente très bien les tendances de l’art vénitien au milieu du XVIème siècle. Paris Bordon est un des artistes importants de la génération qui a suivi celle du Titien, et qui s’en est considérablement inspirée, notamment dans l’usage de la couleur.

Comme Titien, il cherche à opposer de manière éclatante la blancheur des carnations aux tons environnants. Mais à la différence du Titien, Paris Bordon cherche aussi la complication dans ses compositions, donnant aux formes des contours sinueux, qui le rapprochent du maniérisme. Le thème du tableau lui-même relève d’une vision très vénitienne. La Vénus a l’aspect assez caractéristique des femmes des tableaux vénitiens du XVIème siècle. Belle, les cheveux de ce blond que l’on nomme « vénitien », des bras solides et une poitrine menue : il est évident que le modèle en est une courtisane.

  • LE GUERCHIN : Jérusalem délivrée

LE GUERCHIN – Jérusalem délivrée – 1575

Découvrons maintenant un artiste qui a une utilisation de la lumière tout à fait différente de celle de Carrache ou de Claude Lorrain. 

Ce tableau représente des personnages extraits du poème «La Jérusalem délivrée» écrit par Torquato Tasso. Il s’agit d’une des œuvres les plus importantes de la littérature italienne, achevée vers 1575. 

Le tableau représente un passage de ce poème épique où Herminie retrouve Tancrède blessé alors qu’il participait au siège de Jérusalem. 

Au lieu d’une source de lumière unique, comme chez Carrache et les classiques, la lumière est projetée en éclats multiples et contrastés sur de nombreuses parties des corps et des vêtements. Un vent, non moins artificiel et violent, soulève les drapés, emporte les nuages, étire les branches de l’arbre, alors que les chevelures restent sans mouvement, et les visages sans expression véritable. C’est comme si la stupeur et la découverte tragique avaient saisis les personnages et les avaient coupé du monde.

Site de la Galleria Doria PAMPHILJ