Art vu à Lisbonne – Octobre 2016

Lisbonne, somptueux mélange de tradition et de modernité

Partir à Lisbonne pour visiter le Musée Calouste Gulbenkian est une expérience hors du commun. Imaginez un peu : un musée fondé à partir des collections mirifiques d’un magnat du pétrole, lové au cœur de superbes jardins, dans un bâtiment baigné de lumière et ayant conservé presque intacte sa muséographie d’origine. Dans un monde de plus en plus standardisé, cet établissement ne passe pas inaperçu. Et pourtant, il a faille ne jamais voir le jour!

Amateurs d’art moderne, il va falloir désormais compter avec Lisbonne. Le musée Berardo, sur les rives du Tage à Belém, abrite l’une des plus riches collections privées d’art contemporain du Vieux Continent. Près de 900 œuvres de grands artistes du XXème siècle y sont exposées de façon permanente. On connaissait Lisbonne pour le fado et la saudade : c’est le moment de la découvrir pour ses Andy Warhol, Jeff Koons ou Yves Klein. Un atout supplémentaire pour la belle cité portugaise!

Calouste GULBENKIAN, la collection d’un seul homme

Calouste Gulbenkian était un homme d’affaires important qui fit fortune dans le domaine des industries pétrolières. Collectionneur d’une sensibilité et d’une connaissance exceptionnelles, il vécut les dernières treize dernières années de sa vie à Lisbonne où il décéda en 1955. Manifestant le souci de voir les œuvres d’art qu’il avait rassemblées pendant près de quarante ans réunies sous un même toit, il institua une fondation portant son nom. 

De l’Egypte à Rome

Les œuvres de la première salle témoignent de différents moments historiques et artistiques de la civilisation égyptienne, de l’Ancien Empire jusqu’à l’Époque romaine. L’Art égyptien est représenté notamment par une riche collection de statuettes et de statues funéraires polychromes, une barque solaire en bronze (Djedher) de la XXXème dynastie et un masque de momie en argent doré. Des témoignages de l’Art mésopotamien et gréco-romain, et en particulier une sélection de monnaies grecques et de médaillons d’Aboukir, suivie d’un monumental bas-relief assyrien en albâtre provenant du palais de Nimrud (IXème siècle av. JC), sont exposés dans la galerie suivante. On peut également admirer une tête féminine en marbre blanc attribuée au sculpteur grec Phidias (Vème siècle av. JC)

Orient et Art Islamique

C’est peut-être en raison de ses origines que Calouste Gulbenkian révéla un intérêt particulier pour la production artistique de l’Orient et acquit de nombreux objets : des céramiques, des tapis, des tissus, des enluminures, des reliures et des lampes de mosquée. Ces pièces, qui reflètent les tendances les plus variées des arts perse, turc, syrien, caucasien, arménien et indien, du XIIème au XVIIIème siècles, sont exposées dans la galerie de l’Orient islamique avec un choix exceptionnel de faïences d’Iznik ornées de tulipes, de jacinthes ou d’œillets, de tapis turcs et persans et de lampes de mosquées émaillées du XIVème siècle.

Extrême-Orient

À la fin de ce circuit se trouve la galerie d’art de la Chine et du Japon, avec un grand nombre de porcelaines, de pierres dures, d’objets laqués et de tissus de la dynastie Qing. Le mécène était attiré par les estampes japonaises, les paravents laqués et la porcelaine chinoise des périodes tardives (XVIIème et XVIIIème siècles), caractérisée par des motifs décoratifs très colorés et assez exubérants (lions, dragons verts,…)

Art Européen

Le second parcours est consacré à l’art européen, avec des sections présentant des livres manuscrits enluminés, des ivoires, des peintures, des sculptures, des médailles, des tapisseries et des tissus, ainsi que des pièces de mobilier, d’orfèvrerie et de verrerie. Ces objets illustrent les manifestations artistiques qui se sont affirmées dans différentes régions, du XIème siècle jusqu’au milieu du XXème siècle.

  • Du Moyen-Age au XVIIème siècle

L’école flamande est représentée par Jean de Liège, Rogier van der Weyden et Dirk Bouts. Les artistes italiens sont illustrés par Domenico Ghirlandaio avec un Portrait de jeune fille, des vues de Vittore CarpaccioGiovanni Battista Moroni. Le XVIIème siècle est surtout représenté par des peintres du Nord : Frans Hals, Jacob van Ruisdael, mais également Rembrandt (Portrait de vieillard) et Pierre Paul Rubens avec le Portrait d’Hélène Fourment. Gulbenkian l’acquit en 1925 au musée de l’Ermitage de Leningrad, à une époque où le gouvernement soviétique, friand de devises, vendait les collections réunies par Catherine II de Russie.

  • Du XVIIIème au XIXème siècle

Calouste Gulbenkian, qui vécut longtemps à Paris, voua une attention particulière à l’art français. Celui-ci occupe une place d’honneur dans les salles du musée. En effet, les galeries du XVIIIème siècle réunissent des peintures de Nicolas de Largillierre, de Louis-André-Gabriel Bouchet (Cupidon et les Trois Grâces), d’Hubert Robert (deux études représentant les jardins de Versailles), de Jean Honoré Fragonard, de Nicolas-Bernard Lépicié, de Marc Nattier, de Maurice Quentin de La Tour, de Nicolas Lancret (Fête galante) ainsi qu’un petit tableau d’Antoine Watteau.

Dans ces salles, on peut également admirer des sculptures de Jean-Baptiste II Lemoyne, de Jean-Baptiste Pigalle, de Jean-Jacques Caffieri et de Jean-Antoine Houdon, auteur de la statue en marbre Diane, l’un des chefs-d’œuvre de la collection. Les tapisseries proviennent des manufactures des Gobelins, de Beauvais et d’Aubusson. Un exceptionnel ensemble de meubles des époques RégenceLouis XV et Louis XVI sont estampillés par des maîtres-ébénistes tels que Charles CressentJean-François OebenJean-Henri RiesenerGeorges JacobMartin Carlin et Claude Séné.

Les collections se composent également de pièces d’orfèvrerie, œuvres des meilleurs orfèvres français tels que François-Thomas Germain, Antoine-Sébastien Durant, Louis-Joseph Lenhendrick, Jacques Roettiers et Henri Auguste, ainsi que des porcelaines de Sèvres.

Le XVIIIème siècle est également mis à l’honneur dans l’espace spécialement consacré au grand peintre vénitien Francesco Guardi. Cet espace offre 19 tableaux représentant des vues (Vedute) et des caprices, qui mêlent architectures réelles et imaginaires, exécutés à partir de 1760. Cet ensemble, unique au monde, illustre Venise à l’époque de sa splendeur, de ses fêtes opulentes et de ses régates sur fond de lagune ou de Grand Canal.

La salle réunit également des toiles des portraitistes anglais les plus réputés, comme Thomas Lawrence et Thomas GainsboroughJoseph Mallord William Turner (QuillebeufLe Naufrage), avec ses motifs marins, précède les dernières salles du musée.

Très sensible à la nature, Gulbenkian collectionnait aussi les peintures de l’École de Barbizon, avec des œuvres de Jean-Baptiste Corot, de Jean-François Millet, de Stanislas Lépine, de Théodore Rousseau, de Charles-François Daubigny et de Henri Fantin-Latour. Le courant impressionniste est représenté par des œuvres d’Eugène Boudin, d’Édouard Manet (La Bulle de savon), d’Auguste Renoir, de Claude Monet ou d’Edgar Degas (Autoportrait).

Enfin, la sculpture du XIXème siècle n’est pas oublié et est soulignée par la présentation de sculptures de Jean-Baptiste CarpeauxAntoine-Louis BaryeJules Dalou et Auguste Rodin.

  • L’Art Nouveau

La visite du musée s’achève dans la salle consacrée à l’Art nouveau. Un ensemble de bijoux, parures, verreries, ivoires de René Lalique, considéré unique au monde, y est présentée. Lalique fut l’unique artiste moderne dont Calouste Gulbenkian devint le client et l’ami. Il acquit 169 de ses créations entre 1895 et 1937.

Le Musée BERARDO, un joyau à Bélem

À l’embouchure du Tage, le quartier de Belém symbolise les rêves les plus fous des Portugais. Monument du patrimoine national, la Tour de Belém, au bord du fleuve, a vu défiler nombre de navires en partance vers le Nouveau Monde. On y vient pour humer cet air du large qui fit tant fantasmer les conquistadores locaux, pour visiter le magnifique monastère des Hyéronimites. Aujourd’hui, une nouvelle institution a été conçue sur mesure pour accueillir la collection du richissime industriel portugais, Joe Berardo.

Le musée possède près de 4 000 œuvres, signées par des maîtres comme Andy Warhol, Pablo Picasso, Salvador Dalí, Marcel Duchamp, René Magritte, Joan Miró, Francis Bacon, Jackson Pollock, Yves Klein, Jeff Koons

En tout, 862 œuvres sont visibles dans la collection permanente du musée, qui sera complétée par des expositions temporaires d’autres œuvres issues du fonds Berardo. Certaines sont d’ailleurs déjà présentées au Musée d’Art moderne de Sintra. L’importance de la collection Berardo permet d’effectuer des rotations entre les œuvres, dont beaucoup ne seront pas exposées de façon permanente. Ce concept, qui se « veut dynamique, didactique et flexible », rappelle un peu le fonctionnement des musées Guggenheim.

Il manquait à Lisbonne l’équivalent d’un Centre Pompidou, d’une Tate Modern ou d’un musée Reina-Sofia. Le musée Berardo vient combler ce vide pour propulser Lisbonne parmi les grandes destinations artistiques d’Europe.

Musée Gulbenkian   Musée Berardo